Ferdia Shaw - Artemis Fowl (Kenneth Branagh, 2020, Walt Disney Pictures)

COVID-19 : Disney ignore aussi le circuit des salles et place Artemis Fowl sur Disney+

En choisissant de placer Artemis Fowl sur Disney+ au lieu de sa date du 29 Mai 2020, Disney vient de briser en toute âme et conscience la sacro-sainte fenêtre séparant les sorties en salles et les sorties en streaming.

C’est une décision particulièrement surprenante que vient de prendre le conseil de The Walt Disney Company, en choisissant de retirer la diffusion initialement prévue en salles d’Artemis Fowl pour la placer sur leur plateforme de streaming Disney+. Il est évident que la pandémie de COVID-19 engendre des bouleversements sans précédent sur l’organisation de l’industrie cinématographique. Les studios ne sont plus en mesure de produire de contenu, qu’il s’agisse de films, de documentaires ou de séries, de même que les exploitants de salles de cinéma ne sont plus en mesure de diffuser les contenus programmés, qu’ils aient été en cours de projection ou encore à venir, à l’occasion de la fermeture des complexes cinématographiques à travers le monde.

La fenêtre séparant la sortie en salles et la sortie en vidéo n’est pas une science exacte, son fonctionnement diffère selon les pays. S’il s’agit d’un accord tacite entre studios et exploitants aux États-Unis, cela relève de la Loi et de l’autorité du CNC au sein de l’Hexagone. La relation entre studios et exploitants a toujours été vitale pour les deux partis à Hollywood. Par principe, les studios ont besoin des exploitants pour rentabiliser leurs films (le marché de la vidéo physique est en chute absolue depuis des années) et les exploitants ont besoin des studios pour avoir quelque chose à projeter sur leurs écrans.

Lorsque les studios ont commencé à retarder les sorties des films (La MGM en premier avec No Time to Die / Mourir peut attendre, le prochain volet de la saga James Bond) durant l’expansion de la pandémie, les exploitants n’avaient aucune objection car ils n’étaient pas en mesure de rester ouverts. Lorsque les studios ont commencé à raccourcir considérablement le délai séparant les sorties de films (actuellement en salles) et les sorties en VOD, les exploitants n’avaient de nouveau aucune objection car, de nouveau, ils n’étaient pas en mesure de tenir leurs engagements vis-à-vis des studios.

Mais lorsque NBCUniversal a décidé de court-circuiter tout le processus en plaçant Trolls World Tour / Les Trolls 2 : Tournée Mondiale en VOD sans passer par la case cinéma, la NATO (National Association of Theater Owners) a tapé du poing. Des mots du directeur John Fithian « We will not forget this / Nous n’oublierons pas« , les exploitants de salles ont adressé des reproches teintés de menace à l’égard de NBCUniversal. À l’inverse de tous les autres studios qui avaient fait tous les efforts possibles pour rassurer les exploitants sur leur foi envers le système des salles de cinéma, Universal Pictures n’a prévenu ses partenaires d’exploitation que 20 minutes avant l’officialisation de leur décision. Cette stratégie pour le moins troublante en termes de lucidité professionnelle et entreprenariale de la part de NBCUniversal aurait du tirer la sonnette d’alarme auprès de tous les studios qui auraient eu des arrières-pensées.

Placer Artemis Fowl sur Disney+ sans passer par la case cinéma serait-il le signe d'un manque de confiance de la part du studio dans la capacité du film à générer suffisamment de revenus au box-office ?

C’est la raison pour laquelle le geste de The Walt Disney Company vis-à-vis d’Artemis Fowl reste tout aussi stupéfiant. À nouveau, tout le monde est bien conscient qu’il s’agit d’une situation unique et de circonstances absolument désastreuses pour l’industrie cinématographique. « Desperate times, desperate measures« , dirait-on au pays de l’Oncle Sam. Disney a déjà raccourci le délai séparant salles et streaming via Onward / En avant et Frozen II / La Reine des neiges 2, mais c’est la première fois qu’ils osent outrepasser le circuit d’exploitation. Ses récentes décisions de repousser tout le calendrier Marvel Studios, mais aussi Mulan (au 24 Juillet) et Jungle Cruise (en Juillet 2021), ont confirmé sa foi dans le modèle des salles de cinéma. La décision concernant Artemis Fowl engendre deux nouvelles interrogations particulièrement critiques.

Premièrement, le conseil de The Walt Disney Company s’est-il entretenu avec la NATO avant de prendre une telle décision ? Les propos très durs tenus par John Fithian, directeur de l’association américaine des exploitants de salles, mettent l’accent sur le fait qu’ils tiennent à être traités comme des partenaires et respectés comme tels lors de prises de décisions cruciales, qu’elles soient ou non au détriment des salles de cinéma.

Deuxièmement, si Walt Disney a jugé préférable de sortir Artemis Fowl (réalisé par Kenneth Branagh) sur Disney+ au lieu de le réserver pour les salles (qui sont – factuellement – le principal moteur de rentabilité pour les studios), cela voudrait-il dire que les analystes ne prévoyaient pas une bonne rentabilité du film après du public ? Et qu’une sortie sur Disney+ en période de confinement aurait été le moindre mal en termes de pertes financières ?

Sources: The Hollywood Reporter
Images Copyrights: Nicola Dove / The Walt Disney Company

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