Vin Diesel - Bloodshot (Dave Wilson, 2020, Columbia Pictures)

COVID-19 : Sony brise lui aussi la fenêtre cinéma/VOD avec Bloodshot

Peu après la décision de NBCUniversal de mettre en VOD des films également présents dans la période d’exploitation, c’est au tour de Sony Pictures de briser la sacro-sainte fenêtre séparant la sortie en salles et la sortie en vidéo.

Produit par Sony via Columbia Pictures, le film de super-pouvoirs Bloodshot est sorti le Vendredi 13 Mars aux États-Unis, adapté des comics de Valiant Entertainment et mettant Vin Diesel en tête d’affiche. À ce jour, Bloodshot n’a rassemblé que 24,5 millions de dollars à l’échelle mondiale, à compter de ce Jeudi 19 Mars. Un score plus que médiocre, étant donné son palier de rentabilité estimé autour de 120 millions (40 millions de budget de production). Couplé à la chute record de fréquentation en salles (la plus forte baisse de revenus au box-office depuis 20 ans), le film n’aura pas d’avenir brillant.

Sony Pictures vient de décider de rendre Bloodshot disponible en achat digital dès le Mardi 24 Mars. Le président de la compagnie, Tom Rothman, précise bien que cette décision est prise dans un cadre purement exceptionnel et que Sony Pictures soutient toujours la tradition de la fenêtre séparant sortie en salles et sortie en vidéo. Mais dans la situation actuelle, tous les cinémas sont contraints de fermer pour la sécurité de tous et le film n’est donc plus disponible nulle part, alors que le « contrat de diffusion » est toujours d’actualité. Le studio estime préférable de mettre le film à disposition de tous, à un moment particulier où le public est astreint à domicile.

Le choix de Sony Pictures est important car il s’agit dorénavant du deuxième studio à prendre une telle mesure. Lundi 16 Mars, NBCUniversal a pris la décision de mettre à disposition plusieurs de ses films actuellement en salles (The Hunt, The Invisible Man, Emma) pour les services de VOD, ainsi que le film d’animation encore à venir Trolls World Tour / Les Trolls 2 : Tournée Mondiale. C’était une première dans l’industrie et une décision cruciale, dans une période grave pour l’industrie toute entière.

La pandémie du COVID-19 met en danger la sécurité professionnelle de tous, depuis les grands studios comme Disney jusqu’aux propriétaires de complexes de cinéma, en passant par tous les techniciens & artistes qui ne peuvent plus travailler car les tournages sont interrompus les uns après les autres. Il était probablement inévitable de voir un studio prendre une telle décision, mais la question était permise quant à l’éventualité que NBCUniversal ne soit pas le seul.

Selon l’analyste média Rich Greenfield, ces décisions n’ont rien d’un changement dans la stratégie des studios. Il ne s’agit tout au plus que d’une tentative désespérée de mitiger les dégâts monumentaux, une tentative expérimentale, qui plus est. Rien ne garantit que cette mise en VOD précoce ne rencontrera un franc succès. De surcroît, cette procédure unique ne peut pas raisonnablement s’appliquer à tous les cas de figure. S’il est vaguement envisageable de sortir en VOD précoce un film à budget modéré pour espérer récupérer quelques frais, il est absolument inconcevable d’espérer rentabiliser des blockbusters qui ont leur palier de rentabilité fixé à 400 millions de dollars, voire davantage. « Mathématiquement, ça ne colle pas« .

L’attrait de la VOD a ses limites, surtout lorsque l’on parle d’un public habitué à consommer de la vidéo « en illimité », moyennant une petite somme mensuelle. L’idée de payer 19,99$ pour distraire un enfant pendant 48h maximum reste logiquement peu attirante, surtout lorsqu’il suffit de l’encourager à re-regarder à nouveau son film préféré, déjà disponible sur Netflix ou Disney+. Tout particulièrement avec des revenus réduits, en période de crise professionnelle où de nombreux emplois sont sur le point d’être anéantis.

La situation est d’autant plus compliquée que, au-delà du fait que les studios essaient tant bien que mal de respecter un accord commercial tacite avec les groupes d’exploitation cinématographique – accord que ces derniers ne sont eux-mêmes plus capables d’honorer à cause des salles fermées – les mentalités pourraient changer du côté des consommateurs. Et c’est ce dont certains sont inquiets, avec ces studios qui commencent à annoncer des sorties précoces de films en VOD. Pour voir la chose sous un angle pragmatique, une location de 48h pour 19,99$ coûte moins cher qu’une soirée au cinéma pour deux personnes, et c’est un détail qui pourrait enduire un risque de changement de mentalité et d’habitudes chez certains consommateurs, si ces procédures exceptionnelles face au COVID-19 venaient à se généraliser un peu trop.

La NATO (National Association of Theater Owners) campe toutefois sur ses positions et reste ferme sur l’idée que les spectateurs reviendront quoiqu’il arrive dans les salles obscures dès la fin de la pandémie parce qu’ils apprécieront toujours l’expérience cinématographique.

Sources: The Hollywood Reporter
Images Coyrights: Sony Pictures Entertainment

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